Ma vie, ou presque.... Mon cancer, mon épouse décédée, mes souvenirs d'enfance, de vacances et mes poésies, mes élucubrations littéraires. Tout ce qui fait ma vie, ou presque...
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| Juillet 1982 | | | ||||
| Le début est là L’heure de la reprise approche et Pierre va devoir reprendre son rôle de vendeur. Devant les sourires, la fraîcheur et la douceur d’Agnès, il ne sait pas trop quoi faire. Celle-ci s’est levée en même temps que lui, et c’est elle qui décide de prendre le chemin de la boutique. - Allez Pierre, tu me la vends combien cette guitare ? Questionne t’elle en le regardant avec tendresse. - Tu tiens vraiment à dépenser tes sous ? Tu est si sympa que cela m’ennuie, j’aimerais bien te faire un prix, mais le gros ne va jamais vouloir ! - T’inquiètes pas ! J’ai de quoi l’acheter sans problèmes. Tu n’as pas à te sentir gêné et ne crois pas que je cherche à te séduire pour avoir une remise, ça n’est pas mon genre. Mais j’ai bien aimé ce moment passé avec un vrai musicien. - Tu es gentille ! Moi aussi j’ai apprécié ces heures passées avec toi. En plus avec l’ambiance mise par le « musicos », je me serais cru en vacances ! Et des vacances en ta compagnie ne serait pas pour me déplaire, je dois l’avouer. Lui répond t’il avec une mine ravie. - Oh là mon beau ! Je veux bien passer une après midi à me promener avec toi mais de là à partir en vacances ensemble, ça fait un bout ! Rigole t’elle. C’est sur ces rires et sourires, cachant d’autres sentiments, que notre couple arrive devant la boutique. Pierre sait bien que, une fois qu’Agnès aura choisie son instrument, son patron se chargera de conclure la vente comme il dit et qu’il devra finir sa journée de travail en rangeant les présentoirs et autres petites besognes insignifiantes. Il sait surtout qu’il ne verra plus la gentille Agnès et cela le gène énormément. Il commence à s’attacher à sa présence et sa joie de vivre lui fait du bien, mais tout cela il n’a pas eu le temps de lui dire. Effectivement, dès le pas de porte franchi, ils sont accueilli par le propriétaire de la boutique qui aussitôt s’intéresse au choix d’Agnès. - J’espère, Mademoiselle, que Pierre aura sut vous convaincre de la qualité de nos instruments ! - Oh pour cela oui, il est très professionnel et je crois bien que je vais me laisser tenter par la jolie «Fender» qui est là ou par la non moins belle «Ibañez» juste à coté ! Réponds la jolie jeune fille en prenant un air hésitant. Elle sait très bien qu’elle finira par acheter la guitare espagnole car le nom du fabriquant est une référence unanime question guitare acoustique. Mais, par jeu, elle décide de faire mariner un peu ce chef antipathique. Et ce afin de mieux l’assouplir dans ses réactions envers le beau Pierre dont le charme ne l’a pas rendu insensible, loin de là. Le patron de Pierre reprends donc la main dans la vente et s’évertue par intérêt à faire acheter la Fender par sa cliente. 120 Francs d’écart c’est dur à combler en argument mais vu son talent il ne doute pas de conclure cette vente à son bénéfice. La discussion dure un bon quart d’heure pendant lequel Pierre écoute toute la conversation en trifouillant sans ardeur les instruments dérangés par quelques clients curieux. Il sourit intérieurement à voir Agnès titiller son chef en le faisant naviguer entre intérêt financier et maîtrise de l’art du vendeur galant. Quand enfin il cède et consent à dire qu’en effet l’Ibañez est un très bon choix, Agnès lance un rapide clin d’œil à Pierre qui lui sourit franchement. - Pierre, vous pouvez préparer cette guitare pour Mademoiselle. Conclut le patron en se dirigeant d’un pas rapide vers la caisse pour encaisser enfin ce qui restera sa meilleure vente de la journée. - Bien Monsieur. - Prenez votre temps dit la belle Agnès je ne l’emporte pas de suite car je dois me rendre à un rendez-vous mais je repasserai en fin de journée pour la récupérer. Vous fermez à quelle heure demande t’elle en regardant Pierre fixement dans les yeux. - A 19h00, mais si vous le voulez, vous ne venez que demain. Votre guitare sera en sécurité ici. Ne vous inquiétez pas. - Avec un gardien aussi zélé que vous je n’en doute pas. Réplique t’elle en lui souriant largement. Mais je passerai donc vers 19h car j’ai aussi quelques questions sur la musique de tout à l’heure. - Avec plaisir ! A ce soir donc. Réponds un Pierre radieux. Le patron adresse un large sourire à sa cliente et quand celle-ci est sortie de la boutique, il se retourne vers Pierre avec une mine légèrement moins engageante. - Je ne vous ai pas embauché pour que vous draguiez la clientèle. Ça ira pour cette fois parce-que une belle vente à été conclue, mais il ne faudrait pas que cela se reproduise. C’est une boutique sérieuse ici, pas un lupanar ! - Bien Monsieur, excusez-moi mais je n’ai fait qu’assurer la réputation d’échoppe accueillante de votre commerce. Rétorque Pierre en reprenant ainsi les propres termes employés par son patron lors de l’embauche. - C’est bon. Retournez à votre travail et allez me chercher des catalogues dans la remise, il n’y en presque plus sur le comptoir. Pierre s’exécute en retenant un fou rire qu’il dissimule en s’enfuyant vers l’arrière boutique. Cette place n’est vraiment pas celle qui l’emmènera à la retraite à moins que la retraite n’ait été avancée à 28 ans. Mais il y a un avantage, il a rencontré une jeune fille avec qui il se sent prêt à partager des tas de choses. Le reste de la journée se passe sans autre événement plus intéressant que l’achat par Agnès de la guitare acoustique à 940 francs. Mis à part la venue d’un vieil habitué, musicien en recherche constante de nouveauté, qui à fait déballé quatre instruments récemment livrés afin de voir la différence avec les modèles précédents. Cela a bien distrait Pierre qui ne pense qu’a Agnès depuis que celle-ci a quitté la boutique, mais nettement moins le patron qui par respect pour son vieux client n’a pas osé lui dire que son magasin n’est pas un salon d’essayage gratuit. L’heure de fermeture était tout proche et Pierre a déjà commencé les rangements pour la nuit quand les clochettes du perron résonnent. C’est la jolie Agnès qui revient prendre son nouvel instrument. Le patron n’étant pas là, occupé qu’il est à faire ses comptes dans le bureau adjacent à la remise en fond de boutique, que Pierre emploi le tutoiement sans hésiter. - Bonsoir Agnès, je n’attendais que toi ! L’accueille t’il avec son plus beau sourire sans ajouter le «depuis si longtemps» qu’il a pourtant prononcé dans sa tête. Ta guitare est là. - Je te remercie Pierre. J’ai eu peur d’arriver en retard. Dit t’elle en lui rendant son sourire. Tu as bientôt fini ? On pourrait aller boire un verre pour discuter de ta chanson. - OK ! Si tu veux ! Le temps de finir de ranger ce coin et je suis prêt répond t’il en se pressant de remettre bien en place la batterie complète mise en vitrine. Après ce dernier rangement et tandis qu’Agnès l’attends sur le trottoir, sa guitare neuve emballé avec soin posé devant elle, il court vers l’arrière boutique afin que son patron vienne fermer le rideau derrière lui. Quand ce dernier aperçoit sa cliente de l’après-midi en poste devant la vitrine il se rembrunit légèrement et ferme le rideau de fer sans un mot ! Pierre et Agnès prennent le chemin qui les ramène à la brasserie où ils ont manger le midi et commencent à parler musique mais pas seulement. - Ca fais combien de temps que tu joues ? Demande Agnès. - Quand j’ai commencé, je devais avoir 15 ans. Ça fait donc 13 ans environ, mais je n’ai pris des cours qu’après l’armée alors disons… 8 ans sérieusement. Et toi ? - Oh moi je suis dedans depuis que je suis née, mon père était un grand guitariste classique et mon frère, qui est nettement plus doué que moi, est musicien de studio. Il a joué sur plein de disque ! - Vaux mieux pas que je vante mes talents alors, tu vas doucement rigoler sinon ! Déclare Pierre dans un grand rire. - Ne t’inquiètes pas, moi je joue comme un pied ! C’est que me dit mon frère à longueur de journée ! Sourit t’elle à son tour. Arrivé au café, ils s’installent en terrasse sensiblement à la même place que la dernière fois. La place St Michel est toujours baignée par le soleil même si les ombres commencent à s’allonger. La foule à changer, les touristes sont nettement plus nombreux mais la jeunesse est moins présente. L’heure du dîner étant proche, la plupart d’entre eux, est rentrée manger à la maison, et les touristes sont en quête d’un restaurant « typique » et ne sont là que pour pouvoir se photographier devant la Fontaine une dernière fois. Pierre profite de cet instant pour se détendre un peu et s’avachit sur son siège en s’étirant de tout son long. Agnès, plus sobre ou peut-être moins lasse, reste plus sagement assis sur sa chaise. Elle le regarde en souriant et lui dit : - C’était si dur que ça ta journée ? - M’en parles pas ! Il a fallu que je me tape tout le boulot car le patron c’est démené tout l’après-midi à essayer de comprendre comment marche son nouveau jouet. - Quel jouet ? Se demande Agnès en voyant en pensée le gros bonhomme avec un jouet d’enfant. - Il a pris un Minitel. - C’est quoi ce truc là ? - Ca marche avec le téléphone, c’est un écran et tu contactes des services qui répondent à tes questions. Mais je ne me suis pas vraiment intéressé au truc et j’ai pas tout compris ! - Qu’est-ce qu’ils ne vont pas inventer ! déclare Agnès d’un ton qui laisse penser que ça ne l’intéresse que moyennement et qui met donc fin à ce sujet. - Je peux t’inviter à dîner ? Se lance Pierre impatient de savoir si Agnès s’intéresse à lui réellement. - Je veux bien mais il faut que je ramène ma belle guitare à la maison avant. Je ne vois pas me promener toute la soirée avec ce gros paquet à la main. Réponds t’elle en montrant la guitare emballée avec soin par Pierre. - Tu habites loin ? s’inquiètes Pierre - Non ! J’ai un studio rue Soufflot. Enfin un studio … lui dit t’elle en levant les yeux au ciel. - C’est si petit ? - C’est plus une chambre de bonne qu’un studio hollywoodien. - Ah ! Je vois ! Bien on passe déposée ta guitare et après je t’emmène à Montmartre dans un petit restau sympa que je connais. Tu vas aimer j’en suis sur. - D’accord mais tu m’attends en bas. Je tiens pas a ce que tu vois mon bordel ! - Si tu veux. Sourit Pierre en la regardant le plus tendrement qu’il peut. Nos deux jeunes tourtereaux finissent leurs consommations et Pierre laisse un billet de 20 francs sur la table en faisant signe au garçon qu’il pouvait garder la monnaie. Ce dernier le remercie d’un hochement de tête et d’un « Merci Monsieur » plein de gratitude. Ils remontent donc le boulevard à pied jusqu'à la rue Soufflot. Arrivés au bas de l’immeuble d’Agnès, Pierre lui dit de ne pas se presser et qu’il l’attend à la «Maison de la Bière» juste à coté. C’est donc en consommant une Trappiste de Rochefort avec les quelques frites offerte par la maison, que Pierre attends sa belle en se réjouissant à l’avance de la belle soirée qu’ils vont passer ensemble… | ||||||
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