Ma vie, ou presque.... Mon cancer, mon épouse décédée, mes souvenirs d'enfance, de vacances et mes poésies, mes élucubrations littéraires. Tout ce qui fait ma vie, ou presque...
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| Juillet 1982 | | |||||
| Le début est là Sur le boulevard St Michel la circulation est très fluide et mise à part quelques badauds sortants du Jardin du Luxembourg, il n’y a pas grand monde dans les rues. Ce qui n’est guère étonnant vu la saison et l’heure. Il n’est pas loin de 20h et la chaleur est toujours présente, même si un léger souffle d’air existe. Mais la brise du soir dans Paris intra-muros n’a jamais été rafraîchissante. Agnès à profiter du court passage chez elle pour se changer et mettre un jean avec une chemise d’homme qu’elle laisse flotter par-dessus. Pierre hèle le premier Taxi qui libre qu’il aperçoit et ce dernier bienheureux de trouver des clients se gare rapidement à leur hauteur. Comme il a été élevé dans les bonnes manières, Pierre ouvre la porte à sa compagne et l’invite à s’asseoir d’un geste ample du bras, en mimant l’action de retirer une casquette invisible. Cela bien sur fait sourire la belle qui s’installe donc à l’arrière du large véhicule. Pierre la rejoint très vite, trop vite, car dans son mouvement il accroche son pied gauche au rebord de la portière et s’affale à moitié sur Agnès qui le réceptionne sur ses cuisses sans trop de douleur. - Hé ! C’est la bière qui agit ? Rigole t’elle. - Excuse-moi ! Je sais pas ce qu’il s’est passé. J’ai rien compris. Ajoute t’il en se rajustant et en fermant la portière. Je ne t’ai pas fait mal j’espère ? - Non ! J’ai les cuisses assez rembourrées pour ne pas trop subir ce genre de choc. - Moi je les trouve très bien tes cuisses. Sourit le séducteur qui sommeille en Pierre. - Un peu trop rebondies à mon goût. Dit t’elle en faisant la moue. - Et vous allez où les amoureux ? Lance le chauffeur qui commence à s’impatienter. - Heu ! Rue Lamarck, mais je ne sais pas le numéro. C’est un restaurant vers le métro Lamarck Caulaincourt. - Je vois. Vous me direz en arrivant où vous déposer. - Ok ! Conclu Pierre en se rasseyant dans le fond de son siège. Alors ou en étions-nous ? Ah oui, tes cuisses ! Dit t’il à Agnès et joignant le geste à la parole, il pose doucement sa main sa main gauche sur la cuisse droite de la jeune fille. - Arrêtes avec mes cuisses ! Elle t’intéresse tant que ça ? S’offusque t’elle sans pour autant repousser la main audacieuse. - Tout ce qui est « toi » m’intéresse ! S’enflamme t’il. - Flatteur ! Répliques t’elle en rosissant. Un échange de langoureux regards semble les faire fondre tous deux à la même vitesse. Leurs mains se rejoignent sur les cuisses d’Agnès et ce qui devait arriver, arrive ! Ils échangent leur premier baiser dont la fougue laisse à penser que c’est heureux pour la pudeur d’Agnès que cela se passe ici, dans ce taxi, et non dans son studio où elle avait très fortement pensé inviter Pierre à monter tout à l’heure. Le chauffeur, qui les regarde dans son rétroviseur, sourit et machinalement ralentit, sans doute pour qu’ils puissent profiter, le plus longtemps possible, de ce moment fabuleux. A la sortie de ce baiser, ils se regardent dans les yeux, sans un mot, juste avec une tendresse mutuelle qui les emportent loin de ce taxi et de la ville vers des contrées fabuleuses. Mais la rue Lamarck est là et il va bien falloir interrompre ce bel instant d’amour pour rejoindre le monde des simples humains. Pierre demande au chauffeur de les déposer à l’entrée du métro et qu’ils finiront le trajet à pied. - A vos ordres Monsieur ! Répond le sympathique chauffeur de Taxi en rigolant légèrement. Ça vous fera 32 Francs sans le pourboire que je vous ne demanderai pas tellement vous m’êtes sympathique ! - Non j’y tiens absolument ! Rétorque Pierre en lui tentant deux billets de 20 Francs. Gardez tout, vous êtes trop gentil. - Merci Monseigneur ! Bonne soirée Mademoiselle et soyez heureux ! - Merci à vous. Répond la belle Agnès en descendant. Lorsque la voiture s’éloigne, Pierre et Agnès se retrouvent seuls sur le trottoir et machinalement leurs mains se rejoignent pour s’étreindre ardemment. Ils n’ont pas réussis à faire un pas que la contemplation réciproque reprend ses droits. Il n’y a personne dans la rue et ils s’offrent mutuellement un deuxième baiser nettement plus tendre que le premier. Agnès a les genoux qui flagellent légèrement et Pierre sent son cœur battre si fort qu’il désespère de le voir s’arrêter sous l’émotion. Lorsque, enfin, ils reprennent leurs esprits un groupe de fêtards débouche du boulevard Caulaincourt en chantant des chansons paillardes. Ils les laissent passer sur le trottoir en rigolant des mines rougeaudes de ces joyeux ivrognes occasionnelles. Pierre ensuite s’intéresse à repérer son restau où il n’est pas venu depuis quelques temps et qu’il espère toujours aussi sympa. Quand il à fini de se situer, il reprend la main d’Agnès et l’entraîne à sa suite. - Viens mon amour, je vais te montrer un endroit fabuleux ! - Je te suis mon cœur, je te suivrai n’importe où ! Une phrase qu’il ne fallait pas dire car elle touche tellement Pierre que celui ci s’arrêtes à nouveau pour embrasser sa belle. C’est Agnès qui interrompt, mais pas trop vite tout de même, ce baiser en prenant un air empressé : - C’est que j’ai faim moi ! Le croque d’à midi est digéré depuis longtemps. Rigole t’elle. - T’as raison ma belle. Allez ! On y va ! Je te jure que tu ne vas pas être déçu. Réponds Pierre, mais en disant ces mots il espère sincèrement que l’ambiance de ce petit restaurant n’a pas trop changé et qu’il retrouvera bien la chaleur et la joie, qu’il avait ressentis lors de son dernier passage ici. - Je ne demande qu’à voir. Devant la porte du restaurant, Pierre semble hésiter car il ne reconnaît pas trop l’endroit et pourtant c’est bien ici, à-coté de l’épicier, qu’il se rappelle avoir mangé jadis. La meilleure façon de vérifier est de franchir la porte, ce qu’ils font de concert. Dès l’entrée Pierre est rassuré, c’est bien le bon endroit. On a l’impression d’entrer dans une cave voûtée des coteaux du beaujolais. Lumières tamisées et chandelles sur les tables donnent une ambiance romantique qui ravit Agnès. Sur la droite un grand buffet avec un étalage d’entrées fraîches et de charcuteries ouvre l’appétit rien que par ses couleurs. En bout de ce buffet deux énormes tonneaux avec des pichets alignés à-coté indique que dîner à l’eau, n’est pas conseillé ici. Nos deux amoureux pénètre dans cette cave à la recherche d’une table, qu’un jeune serveur se propose immédiatement de leur dénicher. Il les entraîne vers le fond de la salle ou de petites alcôves sont faites pour isoler les tables. Au passage Agnès remarque le piano, la guitare et le système de sonorisation installés tout prêt de l’endroit où le serveur les invites à prendre place. Elle se hisse sur la pointe des pieds pour parler à l’oreille de Pierre : - Y’a de la musique ici ? - Oui, tu vas voir ! Plus tard dans la soirée il y a souvent des mecs qui viennent chanter leurs chansons ou simplement jouer de la musique. - N’importe qui peut y aller ? - Je pense, oui, j’ai déjà vu des clients se lever pour aller jouer un morceau. - Tu iras me chanter ta chanson au micro ! Lui demande t’elle avec son plus beau sourire et en lui prenant la main sous la table. - T’es folle ! Je n’oserai jamais. Agnès prend un air déçu qui attendris bien sur notre romantique jeune homme. - On verra, ça dépendra de ce que tu me fais boire comme quantité de vin ! Rigole t’il pour la détendre. Le garçon qui les à accueillit revient afin de prendre la commande et leur demande ce qu’ils désireront comme viande. Pierre explique alors à Agnès qu’ici les entrées et le vin sont à volonté et que l’on ne choisit que le plat principal et les desserts. Après avoir refuser l’apéritif, Agnès se décide donc pour une escalope milanaise et Pierre ne peut pas résister au tournedos Rossini, surtout à cause de la tranche de foie gras frais poêlée qui est adjointe à ce morceau de bœuf. Le serveur partit en cuisine annoncer la commande, ils se lèvent et se rendent avec leurs assiettes vers le buffet où trois personnes sont en train de se servir. En attendant d’y avoir accès, Pierre ausculte l’étalage de nourriture en choisissant à l’avance ce qui va garnir son assiette. Il est interrompu dans sa réflexion par Agnès qui lui tire doucement sur le bras. - Ce n’est pas Moustaki là devant toi ? Demande t’elle tout excitée. Pierre, mine de rien se penche sur le coté afin de regarder mieux son prédécesseur dans la file d’attente et à sa grande surprise il lui semble lui aussi reconnaître le divin pâtre grec. - Ben si, je crois bien ! Réponds t’il à l’oreille de sa bien-aimée. - Je l’adore ! Dit cette dernière en se serrant contre lui. - Autant que moi ? - Autant, que toi tu l’adores ? ou autant que je t’adores ? - Les deux mon ange ! - Alors lui, je l’adore et toi Je t’aime ! Encore une phrase de trop pour le cœur de Pierre qui se met à trembler d’émotion. Il lui dépose un bisou tendre sur les cheveux et essaie de se re-concentrer sur la présence du chanteur guitariste qui le précède. Agnès plus téméraire que lui s’avance d’un pas et se tournant vers le grand Georges lui dit : - Peux t’on espérer un petit bout de chanson tout à l’heure, Monsieur Moustaki ? - On verra lorsque j’aurais fini de manger toutes ces bonnes choses. Lui répond en souriant le grand homme avec une voix aussi lancinante et basse que lorsqu’il chante, ôtant ainsi toutes suspicions dans l’esprit d’Agnès et de Pierre qui écoute sans oser bouger. C’est en étant très excités à l’avance de leur soirée, que nos jeunes gens se servent largement leurs entrés, Agnès préférant les entrées de légumes frais, tomates, céleri et autres concombres et Pierre étalant la charcuterie à profusion dans une assiette bien trop petite pour l’appétit du garçon. Revenus à leur table, Pierre demande à Agnès quel sorte de vin elle préfère et lorsqu’elle lui dit aimer le vin rouge il est ravi de voir que leurs goûts se rapprochent déjà sur ce point, le rosé n’étant pas pour lui un vrai vin, et il file à nouveau vers le buffet chercher un pichet du nectar désiré. Une belle soirée s’annonce avec la présence de Georges Moustaki et Pierre se dit qu’il a une chance incroyable… | ||||||
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